LES ÉCRITURES DE PATRICIA TURCOTTE

Des articles sur des sujets sociaux et vie citoyenne-politique, ainsi que des romances d'intérêts publiques. Bienvenue sur mon blog, Patricia Turcotte

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Lieu : Saint Georges, Québec, Canada

Un Vieux-Sage m'a dit:" Patricia, cherche bien dans le plus profond de ton être, ce que tu aimerais accomplir à compter de ce jour, et ce, autant dans la pauvreté financière, dans la maladie et la solitude, que dans la prospérité, la santé, ou la célébrité." Sans hésiter je lui réponds: Écrire. Ce sage me réfère alors au dicton populaire: Plus tu attends d'avoir l'air d'un ange pour agir et plus tu risques d'avoir l'air bête. Bienvenue sur ce blog ! Patricia Turcotte

jeudi 21 janvier 2010

MA MAISON DE PAIX ( Chapitre 12 et 13 )

Chapitre -12-

BRISER LES CHAÎNES DU SUICIDE

L’autopsie de ma tentative de suicide

Un deuxième accident d’auto vers la fin d’une grosse journée de travail, à l'automne 1992. Cela me prouve que le temps de démissionner vient de sonner. Durant cet accident, je vis un choc nerveux. Ce souvenir pénible restera toujours gravé dans ma mémoire. Ma place ne se trouve pas ailleurs qu’en milieu hospitalier, autant pour ce choc nerveux que pour les nouveaux malaises aux jambes. Que vient-il de se passer ? Comme si je me trouve réellement debout à côté de la voiture brisée, et incrédule sur ces choses étranges, j’observe mon corps souffrant dans la bagnole. Lorsque le policier arrive sur les lieux de l’accident, je lui pose une étrange question:

« Est-ce que je suis morte ? »

Non bien sûr, la vie m'habite toujours, mais autant être reconduite au Centre hospitalier le plus près. Ma belle voiture achetée neuve fut placée au cimetière des automobiles. Les quatres pneus se retrouvaient complètement enfoncés en dessous de l’auto. Exactement comme mes jambes qui me semblaient enfoncées dans mon bassin. J’ai si mal. Voilà que je me retrouve à l’urgence du Centre hospitalier. Malheureusement, on me transfère encore une autre fois, au Sanatorium Bégin dans le département des fous. Je crie comme une madone dans l’eau bénite, pour que l’on soulage ces insupportables douleurs aux jambes. On ne me prends pas au sérieux. Se pourrait-il que les malades mentaux ne puissent pas souffrir d'un os brisé à la hanche ou au bassin, après avoir subit un choc nerveux ? Quelle grave inégalité sociale pour les plus démunis ! Sûrement un préjugé envers les personnes touchées par une dépression ou une maladie mentale? Aucune radiographie des jambes, du dos, des hanches ou du bassin ne fut passée à l'hôpital. J'en reviens pas. Aucun rapport médical ne fut envoyé aux assurances de l’état, suite à cet accident automobile. Ça, je l'apprendrai seulement vers l'an 2000, lors de la réouverture administrative de mon ancien dossier des accidentés de la route au travail.

L’hypnose médicale

À l’hôpital, je me souviens que le médecin de l’urgence me regardait droit dans les yeux. Son regard pénétrant me fixait si intensément, que je me sentais violée psychologiquement. Il aurait fallu être innocente pour ne pas me rendre compte que celui-ci pratiquait l’hypnose médicale à mon insu. Possiblement pour une cause positive pour ma santé, j’en suis toujours convaincue en écrivant ces lignes ? En ce qui me concerne, il aurait été prioritaire de me faire passer des radiographies du bassin, de la colonne lombaire et des hanches. J’avais si mal aux jambes, en plus de la honte de me sentir scruter aussi profondément. Sans même y penser une seconde, une bonne gifle sur sa joue est partie, sans que j’aie le temps de me retenir. Pour la première fois de mon existence, un homme recevait une bonne tape au visage. Pardon Docteur X, mais vous avez abusez de votre pouvoir d'hypnose médicale à l'insu de votre patient.

Les préjugés envers les gens touchés par les maladies mentales, ça commence à l'urgence des hôpitaux

Étant donné que dans mes dossiers médicaux, j’étais cataloguée comme une personne atteinte du mal imaginaire et de maladie mentale, on ne croyait pas mes allégations de douleurs insupportables aux jambes. Même lorsqu’une personne vit un choc nerveux ou qu’elle est touchée par la maladie mentale, celle-ci peut aussi subir une fracture du bassin ou des hanches, etc. Les préjugés envers les personnes touchées par les maladies mentales, ça commence aux urgences des hôpitaux et chez les professionnels de la santé.

Les lépreux de l’esprit

Toute la soirée je hurle de douleurs en compagnie de deux amies. La gifle au visage a eu comme conséquence, mon transfert pour les froids sentiers de l’asile psychiatrique. La note inscrite dans mon dossier médical, indique mon agressivité:

«Madame Lara a la taloche facile.»

Ça commençait à être le temps que j'éveille à nouveau une saine agressivité. Pourquoi n’a-t-il pas inscrit aussi cette intrusion psychologique dans mon esprit ? Par chance, l’époque des chocs électriques à froids ou des lobotomies n’étaient plus à la mode. Je descendis si bas dans l’échelle de la condition de vie humaine, que même mon libre arbitre semblait être disparu de ma vie. Ce dernier était surement en vacances ou à la retraite. Je me perdais, lentement mais sûrement, à travers les suggestions négatives de tous et chacun. Bien sûr, notre libre arbitre ne nous quitte jamais, du moins je le pense sincèrement. Sauf que lorsqu’un être humain descends aussi bas, il ne possède plus la force physique et mentale de se défendre. Qui prenait ma défense? Personne. Tous pensaient que je devenais carrément dingue. Je me rends bien compte que plusieurs personnes perdaient confiance en mes possibilités. Je n'étais pas la seule à avoir placer sur un piédestal, les professionnels de la santé.

Alice Roby et Émile Nelligan

On ne doit jamais oublier les êtres humains qui ont vécus des souffrances immenses à travers les murs des asiles psychiatriques. Au Québec, il y a eu Madame Alice Roby qui a témoignée à travers ses livres et un film, de ces moments tragiques et pas toujours roses de sa carrière de chanteuse. Il y a eu aussi le célèbre poète Émile Nelligan. À ne pas oublier mon frère Serge. Et tant d'autres !

Tour d’horizon dans le futur

Comment a ressurgit ce souvenir ? Je n’ai jamais oublié que suite à ce bête accident, il a bien fallu que je fasse mon détachement de ma voiture favorite, soit un Blazer GM. Ce n’est qu’en l’an 2000, suite à une réouverture administrative auprès des assurances de l’état, que l’agent à mon dossier me demande:

- "Comment se fait-il que vous n’avez jamais fait parvenir de rapport médical, suite à ce second accident ?"

Quand la mémoire sort de l’ombre

Mais de quoi il parle cet agent administratif ? Comment aurais-je pu envoyer un rapport médical, vu le choc nerveux qui a suivit cet évènement tragique ? D'autant plus que je ne possède pas ce pouvoir qui appartenait au professionnel de la santé de l'urgence de l'hôpital ou de l'asile des fous ? J'ai appris par la suite, que ce travailleur administratif et très violent dans ses propos, sombrait dans un profond burn-out.

Dans les jours suivants, voilà que tous ces souvenirs remontaient doucement à la surface de ma mémoire. J’adresse une demande écrite au service de polices de ma région, pour constater plus clairement la réalité des faits. Sans tarder, j’envoie ce document à cet agent.

Tout ce qui ne s'exprime pas s'imprime

Estomaquée de réaliser les faits détaillés qui ressurgissent sûrement d'un lointain tiroir de mon inconscient, je m’interroge à savoir si le psychiatre Métivier n’aurait pas en partie raison ? Je ne sais plus. Je relate ces souvenirs qui ont trop longtemps empoisonnés mon existence. Ce fut impossible de raconter ces faits au psychiatre Métivier. Les gens aisés financièrement consultent davantage les psychothérapeutes. Ce qui ne convient pas aux gens moins bien nantis financièrement. Jamais trop de racontars aux "psys", pour en ressortir la plupart du temps avec une grosse prescription. Seule mon amie l’écriture me permettait de libérer le presto plein à craquer d’émotions trop prenantes. Par chance, à travers des dédales administratives, je parviens à sortir le contenu de plusieurs évènements. Ça intéressait qui, à part celle qui l’avait vécu dans tout son être ? Par ailleurs, cela démontre comment l'être humain peut tout naturellement, retrouver et libérer des tas de souvenirs heureux ou malheureux, enfouis au fond de son subconscient. Autant continuer de chercher cette maison de paix tant espérée.

Dossier mystère

Je reviens à la façon dont cet accident de voiture s’est réellement produit. Rendu à environ quatres kilomètres de mon domicile, le sommeil et la fatigue s’emparent de moi. Cela m’incite à opter pour une pause café au Restaurant. Lorsque je reprends la route, il se produit quelque chose de curieux. Apercevant les feux rouges au prochain arrêt et dans un secteur achalandé de la première avenue, je tente de freiner brusquement, mais sans aucun succès. À vrai dire, je n'ai pas eu l'impression que ma voiture s'est emballée, comme le vérifiait le psychiatre. Je reste convaincue que ce sont les freins qui ont restés coincés. Peu importe. Ce n’est plus important aujourd’hui. Si bien que mes réflexes habituellement assez éveillés, m’incitent à tourner vers le stationnement du Centre d’achat. Autrement, je me retrouvais avec ma bagnole et dans la noirceur de la fin de soirée, directement dans la Rivière Chaudière. Vers la mi-novembre, ce n’est pas sûr que j’aurais pu me sortir de ce sale pétrin. À travers ma chance, survient une malchance. Un énorme bloc de béton d’environ un pied me bloque l’entrée du stationnement commercial. Évidemment, je fonce vers cette direction et sans hésiter un seul instant.

À quoi auront servis ces souvenirs ravivés suite à l’interrogation d’un agent administratif ? Possiblement pour ne pas trop sombrer dans l’oubli ou dans la maladie de l'Alzheimer ?

Une victime d’erreur médicale 5 pieds 6 pouces sur terre est plus dérangeante qu’une victime d’erreur médicale 5 pieds 6 pouces sous terre.

Le psychiatre Métivier prétend que les artistes sont à peu près tous des schizophrènes. Au moins, je ne me sentais plus seule dans ma souffrance. La raison est que je savais que j’étais une personne mélomane, c’est-à-dire, qui apprécie et reconnaît les véritables talents artistiques de tous. Où se cachaient mes talents artistiques ? Cette question me trottait dans la tête à longueur de journée. Plus les jours filaient, plus les idées suicidaires revenaient en force. Si bien que, je souhaitais être une victime d’erreur médicale dans le domaine de la maladie mentale.

Tant qu’à écrire sur le sujet des incidents, accidents et des erreurs médicales, j’ajoute cette note. En 1996, je passe une radiographie au bassin et celle-ci revient normale. Référée par le médecin traitant à un spécialiste de l’extérieur, ce dernier me confirme qu’il observe une fracture évidente au bassin. Lorsque je soulève cette surprenante découverte au Docteur Miller qui vient de prendre la relève du Dr Tarzan à la retraite, celle-ci me demande de ne plus jamais faire allusion à cette fracture. Sois patiente et tais-toi. Plus de forces pour mener des batailles de ce genre, je suis à la lettre ce sage conseil du Docteur Miller. Une impression de déjà vécu dans mon enfance et dans mon adolescence.

Demande de l’aide…! Demande de l’aide…!

Mis à part quelques recherches de vérités au printemps 1990, au sujet des êtres chers décédés suite à une tentative de suicide, jamais cette triste solution irréversible ne m’a effleurée l’esprit. Les premières idées suicidaires se pointent le bout du nez, suite à cette hospitalisation à l’asile psychiatrique causée par le choc nerveux de cet accident de voiture de 1992. Comment ont-elles pris naissances ? Tout commence dans le bureau du psychiatre Métivier au Sanatorium Bégin. Il me pose deux questions:

« Madame Lara, avez-vous essayé de vous suicider ?

Sans hésiter une seule seconde, je donne cette franche réponse:

- « De toute mon existence, aucune pensée suicidaire n’a effleurée mon esprit ».

Le psychiatre Métivier, que je commence à détester au point d’en faire des antibiotiques, ne lâche pas le morceau en poursuivant avec une deuxième question:

- « Madame Lara, avez-vous eu l’impression que votre voiture s’emballait ? »

Bon Dieu, va-t-il en finir avec ses questions paranoïaques à la Colombo ? Je ne me trouve pas du tout dans un état pour me remémorer les détails de ce drame. D’autant plus qu’on ne se préoccupe pas de mes allégations de douleurs aux jambes. Avec franchise, je réponds négativement. Vu mon état nerveux suivant cet accident, en plus des douleurs aux jambes aucunement considérées par la médecine, je me sens pareil à un prisonnier torturé psychologiquement pour qu’il fournisse des renseignements.

Dans les jours suivants mon congé de l’asile psychiatrique, apparaissent bien malgré moi mes premières pensées suicidaires. Quoique je n’accorde pas réellement d’importance à ces idées, du moins pas avant le début de l’année 1993. Si bien que je confie à mes vrais amis, cette profonde détresse psychologique qui m’habite de plus en plus, y compris des idées pour le suicide. Je perçois très bien leurs chagrins, en plus de leurs paroles d’encouragements. Je me sens tellement coupable face au Dr Tarzan. Plutôt que de prendre mes remèdes pour dormir, je me surprends à les compiler. Mon être tout entier souffre énormément pour en arriver à un tel résultat.

Demande à l’aide…! Demande de l’aide…!

Dès janvier 1993, je confie au Dr Tarzan mes premières pensées suicidaires. J’en reviens pas. Trente minutes dans le silence le plus total. Légèrement mal à l’aide, je lui demande qu’est-ce qui se passe ? Sa réponse fut très étonnante:

« Madame Lara, derrière le Dr Tarzan, il y a un plus grand médecin. Rappelle-toi toujours que tu es aussi ton plus grand médecin. » Le psychiatre Métivier le cataloguerait possiblement de schizophrène, pensais-je intérieurement ?

Sous sa recommandation très sérieuse, je prépare ma valise et demande l'accompagnement de Michel et Cédrick pour me rendre au Centre hospitalier. D'autant plus que le Dr Tarzan a préparé mon entrée par le biais du téléphone. Puisque le Centre hospitalier de la santé mentale est situé dans le village voisin, c'est là que je me rends. Voyant mon erreur de Centre hospitalier lorsque le professionnel de l'urgence me dit qu'il n'y a pas de place, je lui demande de vérifier auprès de l'autre Centre hospitalier. Possiblement que c'est là que le Docteur Tarzan a fixé mon entrée en urgence. Après tout, il s'agit de la possibilité sérieuse de m'enlever la vie. On me réponds à nouveau:

« Pas de lit à l’urgence à aucun des deux Centres hospitaliers. »

Reconnue comme soutien financier avec restrictions sévères à l’emploi, je n’entrevois plus aucune lumière au bout du tunnel. Les plus sombres pronostics médicaux planent au dessus de ma tête, comme une épée Damoclès. Très bientôt, j’en découvrirai l’ampleur à travers un certificat médical psychiatrique de haute importance.

Condamnée à la folie par le psychiatre Métivier ou par le Docteur Tarzan ?

Le 31 mars 1993, je retourne consulter le médecin traitant, soit Docteur Tarzan. De plus en plus aux prises avec les douleurs physiques et morales, celui-ci juge bon d’indiquer à l’assistance-sociale ( B.S. ) que dorénavant, il faudra me compter comme une personne invalide permanente. Les malaises physiques au dos me permettaient une reconnaissance d'invalidité temporaire, c'est-à-dire, de toucher jusqu'ici, cent dollars de plus par mois, sans que l’on m’oblige à me chercher un nouvel emploi. Surtout que je me préparais d’ici quelques jours à quitter définitivement le marché du travail, suite à cette consultation médicale. Me voilà condamnée à vie dans la pauvreté financière et la maladie mentale.

L’adieu du soldat

Pour les bobos physiques, autant ne plus soulever de poussières, vu que ceux-çi sont toujours reconnus comme de simples séquelles d’entorses au dos. Le reste provient de mon imagination trop fertile et débordante, me répète-t-on sans cesse. Comment continuer à vivre en portant ce trop pesant secret sur mon cœur ? Mes pensées se dirigent vers mon héros familial Serge, vu qu’il a traversé ces chemins désespérants. Il n’y a aucune chance de rétablissement complet et de guérison. Plus d’espoir signifie à ce moment-là, décrisser de cette planète de fous. Demande spéciale: L’adieu du soldat, du Soldat Lebrun.

Atteinte d’un grave cancer

Le Docteur Tarzan me remet une enveloppe non cachetée contenant un certificat médical incriminant pour le reste de mes jours. Légèrement rassurée de ne pas avoir à me débattre comme une madone dans l’eau bénite pour me chercher du boulot, je quitte son cabinet médical en le remerciant. Les lignes qui suivent n’ont jamais été partagées avec qui que ce soit, mis à part à ma confidente dans le mode de vie des douzes étapes des Émotifs Anonymes ( É.A.), ainsi qu’à une personne du Café Chrétien.

Schizophrénie aigüe de type paranoïde

Dès mon arrivée chez-moi, j’ouvre l’enveloppe non cachetée, avant de la poster à mon agent de l’assistance-sociale. C’est catastrophique. Je ne peux faire autrement que de me sentir complètement anéantie en lisant les cinq mots inscrits sur ce certificat médical du Docteur Tarzan: Schizophrénie aigüe de type paranoïde.

Jamais je ne réussis à jeter pour de bon, ces nombreux comprimés pour dormir comme La Belle au Bois dormant, et ce, même après ma prière matinale à chaque lever du jour, pour ne jamais concrétiser ce geste du suicide.

Conserver ce poison ouvrait la porte à rencontrer un lien à travers un événement banal du quotidien. Ce que j’ignorais complètement à ce moment-là. Tout comme je croyais aller enfin rejoindre les miens que j’affectionnais toujours malgré leurs décès, par exemple, papa Vic et mon frère Serge. Mourir de cette façon même si désolante pour moi et les êtres chers, leurs épargneraient de me voir dépérir à petits feux. Tout comme cela me conduirait directement au purgatoire avant de mériter le Ciel. C’est une piètre façon de voir les choses à mes yeux de l'an 2010, mais c’est ma croyance de l’époque.

On m’offrirait l’euthanasie si j'étais un chien

Le cancer dont je serais atteinte n’attirera jamais la sympathie de mes proches, de mes amis, de mes futurs employeurs ou de mes voisins, qui par respect pour eux-mêmes, doivent en certaines occasions, me quitter afin de mieux respecter leurs limites humaines. Parfois, je commence à me respecter seulement un peu, en quittant ceux qui ne me conviennent plus. Si au moins on avait inscrit sur ce maudit document médical psychiatrique, que la mort surviendrait bientôt. Parfois je me disais que si l'euthanasie médicale psychiatrique devenait légalisée, je la demanderais sans hésiter. Mon Dieu, que vais-je faire ? Me voilà prise dans un tunnel sombre, dans lequel il n’y a même pas de porte d’espoir de guérison ni de porte de sortie. Si au moins j’étais un chien galeux et enragé, on m’aurait offert le choix de l’euthanasie en douceur. Idées bien malheureuses qui me traversent souvent l’esprit à ce moment le plus désespérant de mon existence. Comment un être humain peut-il descendre plus bas que ça dans l’échelle de ses valeurs, comme dans la souffrance physique et morale ? On dirait que quelque chose d'inexplicable me pousse directement vers cette solution finale décourageante. Sûrement que ma tête ne va pas très bien.

S.O.S. suicide

Je songe aux solutions envisageables et réalistes qui me délivreraient de cette malheureuse impasse. Je téléphone à un organisme communautaire de ma ville et je parviens à confier quelques brides de ma souffrance. Rien à faire, ça empire encore malgré l'écoute sympathique de la dame bénévole. La seule phrase que j'aurais eu besoin d'entendre:

- "Parle-moi de ta souffrance ?"

Si le psychiatre Métivier ne peut entendre ce que je désirais tant lui confier suite à sept années dans des dédales administratives gouvernementales, qui pourra le faire ? Je dois aller de nouveau consulter le Docteur Tarzan qui a inscrit ce diagnostic, suite à la décision du psychiatre Métivier. Bien sûr, il demandera mon hospitalisation à l’asile des fous. Autant le faire par moi-même, ce que j’entre immédiatement à mon agenda vide. Un sentiment de vide et de nullité m'habite en permanence. Rien ne m’empêche de chercher d’autres options. Vivre avec la douleur chronique devient insupportable à froid. Comment vais-je parvenir à vivre avec un cancer aussi pernicieux et invisible, qui fera peur à tous, y compris à moi-même. Une confidente du Café Chrétien me répétait à maintes reprises dans les pires situations:

- « Lara, demande à Jésus ce qu’il ferait s’il était à ta place ? »

Autant tenter toutes les chances possibles et impossibles. Tant qu’à communiquer avec les morts, autant écrire à ce Jésus de Nazareth. Je m’exécute aussitôt que cette pensée effleure mon cœur:

Lara: « Jésus, que ferais-tu si tu étais à ma place ? »

Ça semble un brin d'orgueil spirituel de correspondre sur mon blog avec le Maître.

Jésus: « Lara, ne cesse jamais de demander de l’aide et frappe à toutes les portes, jusqu’à ce que tu rencontres des personnes aptes à te venir réellement en aide. Tu dois absolument remettre au Docteur Tarzan ou au pharmacien, ces comprimés de Restoril 30 mg. Ce poison laisse la porte ouverte à ce geste de désespérance. Demande sans tarder l’hospitalisation d’urgence à l’asile des fous, avant que tes intentions deviennent irréversibles. De toute façon, tu ne le sauras qu’en 2001 en lisant tes dossiers médicaux, mais le psychiatre Métivier a écrit ce diagnostic ténébreux, le jour où tu as eu ta première pensée de porter une plainte contre un professionnel en 1982, et ce, rétroactivement à compter de ta première visite à son bureau en 1991. C'est sûrement un très grand Maître sur ton chemin ? Espérons que tu t'en débarrasseras en douceur. Lorsque l'on trouve la cause de toute maladie physique ou mentale, la porte de la guérison suit de très près, en accomplissant des pas dans l'action et dans la foi. Déjà, tu étais crucifiée dans ton dossier médical et sur la place publique, et ce, depuis fort longtemps ma très chère sœur Lara; comme plusieurs autres. Ne lâche pas la patate et rends-toi immédiatement à l’asile. Il y plus de deux milles ans, ces chemins des prisons et de l'asile psychiatrique furent aussi les sentiers que j'ai empruntés. La souffrance ne se compare pas, mais elle se partage. Laisse jouer une belle mélodie sur ton stéréo pour toutes les personnes souffrantes et découragées. On ne leur enseigne pas que les maladies mentales, y compris la schizophréni, ça se guérit. Sinon, à quoi cela peut servir de seulement prononcer mon nom ?Demande spéciale: Si tu chantes des chansons, de André Sylvain.»

Cherchez et vous trouverez

Si un Sage, un Fou ou un idiot de ce monde était à mes côtés pour m’expliquer que le suicide empire tout et n’arrange absolument rien du tout. Un volume de l’auteur Placide Gaboury revient à mon esprit. Oui, cet auteur mentionnait précisément la réalité des suicidés. Pas de chance encore une fois. Ce bouquin a brûlé au feu de foyer du presbytère, lors des séances d’exorcistes et de prières de libérations, en compagnie du prêtre Prud'homme. Rejoindre Roland D’Aigle me traverse aussi l’esprit, mais comme je fréquente toujours le Café Chrétien et le Renouveau charismatique, autant ne pas téléphoner au Démon.

À vrai dire, on vient de signer subtilement ma déclaration de décès par le suicide.

Accusée de flirter avec des criminels

On signera sûrement sur le certificat de décès, les mêmes inscriptions que celles indiquées sur celui de mon frère Serge: Schizophrène ? Ce n’est pas tout. On m’accusera possiblement de flirter avec des criminels du monde de la drogue, exactement comme Serge ? Pire encore, Michel qui fut le principal témoin de ce drame et qui m’a sauvé la vie, sera possiblement mis au banc des accusés advenant mon décès, en se faisant traiter comme un complice ou un criminel, même de mon vivant ? Demande spéciale: La drogue, du Père Gédéon.

Patricia Turcotte © Le 06 mai 2010

Chapitre -13-

LA CHAÎNE DU SUICIDE SE POURSUIT

Autopsie de ma tentative de suicide

Le lendemain, je rencontre dans un cœur à cœur ma confidente Louisette, membre des Émotifs Anonymes. Trois heures attablés à la salle à manger de notre Restaurant favori et à siroter du bon café, tout en partageant un délicieux repas. Celle-ci me remémore à la fin de cet entretien, de redire sincèrement pour la xième fois, la prière de la sérénité et de renouveler les trois premières étapes du mode de vie des Émotifs Anonymes, en m’adressant à ma Puissance Supérieure. Je m'exécute dès mon arrivée à mon loyer.

Prière de la Sérénité

Mon Dieu (ou toute autre être suprême de votre choix), donne-moi la Sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer; le Courage de changer les choses que je peux; et la Sagesse d’en connaître la différence.

Les douzes étapes des Émotifs Anonymes ( É.A. )

1. Nous avons admis que nous étions impuissants devant nos émotions, ( la boisson, la drogue, le jeu, la dépendance affective, la sexualité débridée, etc. ) et que nous avions perdu la maîtrise de nos vies.

2. Nous en sommes venus à croire qu’une Puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison.

3. Nous avions décidé de confier notre volonté et notre vie à Dieu, tel que nous le concevions.

4. Nous avons courageusement procédé à un inventaire moral et minutieux de nous-mêmes.

5. Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes ou à un autre être humain, la nature exacte de nos torts.

6. Nous avons pleinement consentis à ce que Dieu élimine tous ces défauts de caractère.

7. Nous lui avons humblement demandé de faire disparaître nos déficiences.

8. Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées, et nous avons résolu de leur faire amende honorable.

9. Nous avons réparé nos torts directement auprès de ces personnes chaque fois que c’était possible, sauf lorsqu’en ce faisant, nous pouvions leur nuire ou faire tort à d’autres.

10. Nous avons poursuivis notre inventaire personnel et promptement admis nos torts, dès que nous nous en apercevions.

11. Nous avons cherché par la prière et la méditation, à améliorer notre contact conscient avec Dieu, tel que nous le concevions, lui demandant seulement de nous faire connaître sa volonté à notre égard, et de nous donner la force de l’exécuter.

12. Comme résultat de ces Étapes, nous avons connu un réveil spirituel; nous avons alors essayé de transmettre ce message aux autres émotifs, ( alcooliques, toxicomanes, etc. ) et de mettre en pratique ces principes, dans tous les domaines de nos vies.

Demande de l'aide...! Demande de l'aide...!

À la mi-avril 1993, soit quinze jours avant ma tentative de suicide, je participe à un atelier d’art-thérapie lors d’un autre séjour à l’asile psychiatrique. Cette fois-ci, je pose un pas d’action en demandant moi-même l’hospitalisation. Le rapport médical du psychiatre Métivier indique:

« Il est difficile pour Madame Lara de verbaliser ce que signifie pour elle son dessin. Elle nous fait part de la solitude qu’elle ressent depuis qu’elle est séparée. Elle se dévalorise de la perte de son emploi, qui l’affecte. Madame Lara nous dit qu’elle pense à se suicider afin de mettre fin à ses problèmes».

J’exprimais en paroles et par un dessin, l’isolement dans cette souffrance. Inspirée de ma chanson favorite de Félix Leclerc: Bozo, ma peinture me représentait seule sur un radeau à la mer. La mention du psychiatre Métivier:

- « Madame Lara s’est présentée d’elle-même à l’hôpital pour y être admise, parce que depuis une quinzaine de jours, elle éprouvait de l’insomnie, de l’anxiété, de la tristesse, ainsi que des préoccupations suicidaires. Trois jours après son arrivée, elle décidait de repartir. Elle ne présentait pas de symptômes psychotiques, pas plus qu’un syndrome dépressif ayant les caractéristiques d’une dépression majeure. »

La ténacité des douleurs physiques et morales semblait se renforcer. La solitude pesait lourd sur mes épaules encore fatiguées. Le mystérieux et insupportable mal de dos m’affaiblit encore malgré mes bonnes intentions. L’infirmière responsable établit un plan d’intervention, lors d’une autre hospitalisation en santé mentale causée par ces douleurs au dos:

« Troubles de comportement (multiples problèmes physiques). Diminueront ses plaintes physiques en communiquant ses émotions ».

Attendez seulement que je sois en mesure de coucher mes cybolles d'émotions, sur des rouleaux de papiers. Qu’est-ce qui arrivera lorsqu’on va découvrir le pot aux roses à propos de ces interminables malaises ? En attendant, il me faut bien suer, larmes, sueur et sang, jusqu’à ce que mort s’en suive ? Demande spéciale: Bozo, de Félix Leclerc.

La seule théorie à laquelle je n’adhère plus est la folie.

L’écriture est une faculté vraiment thérapeutique et libératrice, même s’il remonte parfois des circonstances délicates, prenantes et lointaines. J’ai hâte de publier des romances intitulées: Les mémoires d’une ex-folle, sous la forme d’écritures romancées d’intérêts publics. D'ici là, je demeure convaincue que la seule théorie à laquelle je n'adhère plus, est la folie. Patience et vigilance en attendant, car cela ne viendra pas de sitôt. Même lorsqu'on découvrira ce qui se trame de très grave dans mon dos, il me faudra passer une seconde expertise psychiatrique. Après tout, la première passée en 1986 suite à des démarches administratives, démontrera bien que je ne souffrais que d'anxiétés et de paniques. Espérer contre toute espérance ! Plus facile à écrire et à dire qu'à appliquer dans mon quotidien.

Comme la répétition d’une chaîne d’évènements non résolus, un banal événement déclencheur qui survient le 25 avril 1993, m’indique pourtant la réelle gravité de mon minable état de santé.

Le lien

Par un beau dimanche de printemps, je me rends à un déjeuner au restaurant, en compagnie de mon fils Cédrick et de son père Michel; devenu un grand ami. Ces moments chaleureux représentent pour moi un grand réconfort. D’autant plus que la sagesse exigeait que mon garçon de douze ans demeure avec son père. Ces agréables rencontres fraternelles et amicales, malgré le divorce et la nullité de mariage, me permettent de poursuivre une thérapie personnelle et familiale.

Lorsqu’ils quittent le restaurant, alors que de mon côté je retourne chez moi à pied, je me retourne pour jeter un bref regard vers Cédrick. Comme par hasard, il se retourne au même moment. Nos regards se croisent pendant quelques secondes. Il m’envoie un mignon signe d’au revoir de sa main, accompagné d’un triste sourire. Le film du dernier souvenir de Serge refait surface dans ma mémoire, avec une force exceptionnelle. La fragilité émotive et psychologique ajoutée à la douleur physique chronique «qui rend fou», me pousse à essayer de tirer ma révérence par une tentative de suicide ?

La chaîne du suicide se poursuit

Dès mon arrivée chez moi, je me prépare pour une très longue nuit de sommeil. Agenouillée pour une dernière prière du cœur, je m’adresse à mon véritable ami, celui que l’on m’a présenté dans mon enfance:

- « Jésus, merci de m’accompagner dans ce grand voyage et pardonne-moi sincèrement ce geste de désespoir ».

Je ne suis plus le maître à bord de mon navire. Convaincue de la validité de mon billet de transport aller seulement pour l’au-delà, j’avale à une vitesse incroyable, deux cents comprimés pour dormir de Restoril 30 mg. À travers l’épais brouillard de mon esprit souffrant et malade, une minuscule pensée de sagesse intérieure me dissuade de rebrousser chemin, le temps de deux interminables secondes. Comme une vague impression que mon compagnon de route m’accompagne toujours, peu importe mon choix. Seule la douleur au dos, tenace et insoutenable à froid, ajoutée à la douleur morale m’incite à poursuivre la plus désespérante de toutes mes expériences humaines.

Au jour le jour les années passent et, puisque l’eau qui coule dans les rivières ne remonte pas, nous passerons de même ( Auteur inconnu )

Seule la douleur au dos, tenace et insoutenable à froid, ajoutée à la douleur morale m’incitent à poursuivre la plus désespérante de toutes mes expériences humaines.

Mon tombeau

Mon cercueil temporaire fut la baignoire froide et vide, située à côté de l’évier de la salle de bains. En réalité, c’est dans mon lit que je devais prendre ce poison. Par contre, en me regardant dans le miroir de la salle de bain et en avalant rapidement, vingt-cinq pilules, j’ai complètement vécu un black-out total, jusqu’à ce qu’un cri de détresse me donne l’occasion de vivre un instant de lucidité dans une troisième dimension. Hélas, je séjourne prisonnière et inconsciente dans ce lugubre tombeau, deux longues journées entières. À cet endroit froid et terne, il n’y a plus vraiment de temps ni d’espace. Il me semble que je vais y demeurer toute l’éternité. C’est à ce moment précis que je vis presqu’exactement, le même phénomène vécu par mon frère Serge, lors du rêve spécial suivant son suicide. La seule différence, c’est que pour moi il y aurait une seconde chance.

Le bref souvenir conscient de ces tragiques instants de coma et/ou semi-coma, resteront toujours gravés dans ma mémoire. Comme si je me retrouvais dans une dimension nouvelle, mais tout à fait platonique, terne et ennuyante, j’assiste inlassablement impuissante, à la scène la plus désolante de mon existence. J’observe complètement désarmée, mon meilleur ami Michel crier à tue-tête et désespérément:

- « Lara, pourquoi tu as fait cela » ?

Mon compagnon au comble de son chagrin, hurle si fort qu'il me sort quelques brèves secondes de ce coma./semi-coma. Je parviens à tourner légèrement la tête pour apercevoir avec les yeux du cœur, son immense souffrance. J'aurais tant voulu lui répondre que je me sentais trop malheureuse.

L’important, ce n’est pas que vous soyez tombés. Ce qui est important, c’est que vous vous soyez relevés. ( Vince Lombardi )

Quelle immense et indescriptible douleur morale de ressentir jusqu’au plus profond de son être, ce désagréable sentiment de regret et d’impuissance. Si au moins, je pouvais lui expliquer ce sincère repentir déjà logé dans mon cœur. Si j’avais pu capter le message du rêve de mon frère, cette seconde bévue aurait pu être évitée. Si au moins, je pouvais expliquer à Michel et à mes proches, ce sincère repentir déjà logé dans mon cœur.

On n'est rien que des p'tits enfants dans la main du Bon Dieu ( Maria Chapdelaine )

Patricia Turcotte © Le 07 mai 2010

Chapitre -14- à suivre !

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